Le café et la chicorée partagent la même tasse depuis plus de deux siècles, et pourtant tout les sépare. L’un apporte de la caféine, l’autre pas. L’un vient d’un grain torréfié, l’autre d’une racine. Voici ce qui distingue ces deux boissons, ce que vaut la chicorée comme alternative au café, et pourquoi le mélange des deux garde autant d’amateurs dans le Nord de la France.
Ce qu’est la chicorée
La chicorée est une plante cultivée pour sa racine, de la même famille que l’endive. Celle-ci est séchée, torréfiée puis moulue, ce qui donne une poudre soluble à la couleur et à l’amertume proches du café.
La culture s’est développée en France au début du dix-neuvième siècle, quand le blocus continental a coupé les importations de grains de café. La chicorée est restée, notamment dans le Nord, où elle est encore consommée quotidiennement.
Caféine : la différence principale
C’est le point décisif du choix entre les deux boissons. Le café apporte entre soixante et cent milligrammes de caféine par tasse selon la préparation. La chicorée n’en renferme aucune.
Pour les personnes sensibles à la caféine, celles qui dorment mal, les femmes enceintes ou les amateurs de boisson chaude le soir, la chicorée devient un substitut évident. Elle permet de garder le rituel de la tasse sans les effets stimulants.
À l’inverse, qui cherche un coup de fouet matinal ne trouvera pas son compte dans une chicorée seule.
Goût et arômes
La chicorée développe des saveurs plus douces, avec une note caramélisée et une amertume moins franche que celle d’un café. Sa douceur naturelle permet souvent de réduire, voire de supprimer le sucre ajouté.
Le café offre en revanche une palette aromatique bien plus large, qui dépend de l’origine du grain, du degré de torréfaction et du mode d’extraction. Aucune chicorée n’atteindra cette complexité.
En pratique, beaucoup trouvent la chicorée trop plate seule et bien meilleure dans un mélange.
Ce que la chicorée apporte
La racine de chicorée est riche en inuline, une fibre soluble que l’on classe parmi les prébiotiques : elle sert de nourriture aux bonnes bactéries du côlon. C’est ce qui lui vaut sa réputation de bonne digestion et une partie de ses vertus supposées pour la santé.
Elle apporte aussi des antioxydants issus de la torréfaction, et quelques minéraux, en quantités modestes à l’échelle d’une tasse.
Une réserve utile : ces mêmes fibres provoquent ballonnements et inconfort chez les personnes au côlon irritable, surtout en consommation importante. Commencer par une tasse par jour reste la bonne approche.
Le mélange café-chicorée
C’est la version la plus consommée en France. Les mélanges du commerce contiennent généralement entre vingt et soixante pour cent de chicorée, le reste en café soluble.
L’intérêt est double. La caféine est réduite de moitié environ, sans disparaître. Et l’amertume du café se trouve adoucie par la rondeur de la racine, ce qui donne une boisson plus facile à boire sans sucre.
Rien n’empêche de composer son propre mélange à la maison : une cuillère de chicorée soluble pour deux de café, à ajuster selon les préférences.
Comment la préparer
La chicorée soluble se prépare comme un café instantané : une à deux cuillères à café dans une tasse d’eau chaude, jamais bouillante, pour éviter de casser les arômes.
La chicorée en grains moulus se prépare en filtre ou à l’italienne, exactement comme du café, avec un dosage légèrement supérieur puisque l’extraction est plus lente.
Version froide, allongée au lait végétal, elle donne une boisson d’été correcte, moins connue mais qui mérite l’essai.
Faut-il remplacer son café
La réponse dépend de ce que l’on cherche. Pour réduire sa consommation de caféine sans renoncer au rituel, la chicorée fait parfaitement le travail. Pour le plaisir aromatique pur, le café reste indépassable.
Le choix le plus fréquent, et le plus sensé, consiste à garder le café du matin et à passer à la chicorée l’après-midi.





